mardi 31 janvier 2012

Le chassé-croisé des horaires franco-espagnols

Il paraît que les horaires français sont bizarres. C'est le Cruasán Ambulante qui le dit, et comme moi j'ai encore du mal à piger les horaires espagnols, ils ont eu la gentillesse de me laisser répliquer à leur article. Comme quoi, il n'existe pas vraiment d'horaire normal. Pour lire Espagne: décalage horaire c'est là.



Pendant ce temps là je prends du retard sur ce blog, je sais, bientôt je m'y remets sérieusement. En attendant, profitez de cette petite parenthèse sur un autre ton!

dimanche 23 octobre 2011

Enfin, l'ETA dit "basta" à la violence

Jeudi 20 octobre 2011, l'organisation terroriste basque de l'ETA a enfin renoncé à son action armée et a annoncé qu'elle abandonnait la violence, après plus de 40 ans d'existence. Un communiqué presque inattendu, après une si longue attente. Je vis en Espagne depuis trop peu de temps pour pouvoir assimiler complètement ce que cela représente, mais j'ai pu sentir l'émotion de toute l'Espagne après cette annonce. Et peut-être fut-elle encore plus forte à Madrid, qui par son statut de capitale est aussi le symbole par excellence du nationalisme espagnol, avec le drapeau bien sûr. 

Le quotidien Público du 21 octobre.
"Au revoir, ETA", en basque;  au dos, la liste des victimes de l'ETA.

Cependant, je n'apprends à personne que le Pays Basque n'est pas seulement espagnol mais aussi français (dans le sens territorial du terme pour ne froisser personne, quoiqu'officiellement...). C'est là qu'on note encore une fois la différence entre les deux pays séparés par les Pyrénées. La nouvelle en France s'est ressentie comme un soulagement certes, mais pas un problème purement français. La mort de Kadhafi venant s'y mêler, la couverture médiatique n'a pas été spécialement importante. A travers les média, on a plus l'impression que le terrorisme basque était un problème qui en fin de compte ne concernait que l'Espagne. Même si la France a apporté une aide importante à l'opération de démantèlement de l'organisation terroriste, l'Espagne a effectivement beaucoup plus souffert que la France de cette violence. On ne peut cependant éviter de penser à ce problème des régionalismes espagnols en particulier. Il faut d'ailleurs signaler que l'ETA n'as pas renoncé à la politique et n'a pas non plus demandé pardon pour ses actes, comme le lui avait demandé le gouvernement. Elle reste ainsi un problème pour "l'unité" espagnole (associée aux principes franquistes pour certains, contre lesquels s'est créée l'ETA à l'origine). De plus, il ne s'agit pas seulement du Pays Basque, mais aussi de la Catalogne et de la Galice (qui n'ont heureusement pas fait preuve d'autant de violence). On se rend compte que même la Corse à côté, c'est presque insignifiant, tant la question porte à débat ici. Pas qu'en France ce ne soit pas un problème, la question est seulement plus consensuelle, ou du moins j'en ai l'impression. Les indépendantistes espagnols sont définitivement un problème au quotidien et dans tous les domaines.

Une fois de plus, c'est aussi un critère de séparation droite/gauche. Cela si on simplifie au maximum, car si la gauche est plus propice à tolérer les mouvements indépendantistes que la droite (au risque de perdre beaucoup de votes), il ne faut pas oublier que les mouvements en eux-mêmes sont parfois très conservateurs, ou du moins certaines de leurs branches. Et c'est là que la politique électorale revient dans le match, n'oublions pas que les élections générales espagnoles se tiennent à la fin du mois prochain, le 20 novembre (jour de l'anniversaire de la mort de Franco soit dit en passant). Comme on me le fait remarquer autour de moi, le problème basque a toujours été utilisé à des fins de pure stratégie politique par tous les partis. On risque de ne pas déroger à la règle cette fois-ci et les élections seront l'occasion d'utiliser l'émotion de la population.  

D'autre part, on revient à cette occasion à la question de la mémoire historique et des victimes. Parce que la mémoire de celles et ceux dont on s'est souvenu jeudi dernier est unanimement respectée. Celle des victimes du franquisme toujours pas. C'est ainsi que certains clament qu'il ne faut pas remuer les histoires du passé quand il s'agit d'honorer les victimes de la violence franquiste (ou ne serait-ce que de se souvenir, tout simplement) mais fondent en larmes quand il s'agit des victimes du terrorisme basque anti-espagnol. Les larmes dans ce cas sont appropriées oui, pas les infâmes déclarations antérieures. L'histoire reste un conflit actuel et on ne peut plus politique en Espagne, rendant les problèmes également présents dans tous les pays similaires bien plus importants qu'ils ne pourraient l'être et leurs conséquences beaucoup plus grave qu'ailleurs.

dimanche 24 juillet 2011

La révolution continue, lentement mais sûrement..

Il y a maintenant plus de deux mois, le 15 mai très exactement, commençait en Espagne ce mouvement dont on parle encore trop peu à l'étranger. Que s'est-il passé depuis? Beaucoup de choses. Les campeurs révolutionnaires de Sol ont décidé de lever le camp et de continuer la lutte dans les quartiers. Diverses marches se sont organisées le 19 juin pour manifester à Madrid et protester devant le parlement, réunissant des milliers de personnes. Beaucoup d'initiatives à niveau local ont été entreprises, des expulsions d'appartement pour impayés ont été arrêtées avec succès, ainsi que des contrôles de police clairement racistes et j'en passe. D'autres branches du mouvement Toma la plaza (Prends la place) et Toma los barrios (Prends les quartiers) se sont crées, vacances obligent: la toute nouvelle Toma la playa (Prends la plage) et Toma la montaña (Prends la montagne) qui lutte pour une cause environnementale.


Mais surtout, depuis la fin du mois de juin, partant des quatre coins de l'Espagne, des centaines de personnes (encore et toujours de sexe, d'âge, d'origine et de préférence politique différents) se sont mis en marche pour Madrid, parcourant parfois jusqu'à 25 km par jour. Ces marches populaires indignées pouvaient compter sur l'accueil des habitants des villages qu'ils traversaient. Comme prévu, elles sont arrivées le 23 juillet à Madrid, où les attendait une foule de milliers de personnes à 21h à Puerta del Sol, devenue le "point zéro", l'origine du mouvement. Ayant participé au mouvement depuis le début (plus ou moins activement selon les périodes), voir autant de gens si heureux de cet accomplissement m'a donné, encore une fois, des frissons et les larmes aux yeux. Les marcheurs se sont relayés au micro pour nos raconter leurs histoires, réciter leurs poèmes ou chanter les chansons qu'ils avaient composées sur la route.

Arrivée des marches indginées à Puerta del Sol, le 23 juillet (Crédit photo: Chano)

Il ne fait aucun doute que l'esprit du 15-M (ou mouvement du 15 mai en français) ne s'est pas perdu après le déménagement du campement de Sol. Il reste bien vivant dans les quartiers et les villes de Madrid et de province. Reste à savoir ce qui se passera au niveau des revendications plus concrètes qui restent en suspens comme la réforme de la loi électorale. Ce sont apparemment des thèmes laissés de côté pour la rentrée. En attendant, les manifestations et "petites actions" (mais ô combien nombreuses et efficaces) ponctuent le quotidien des indignad@s (indigné(e)s) espagnol(e)s. A quand un vrai mouvement du 15 mai ailleurs en Europe?

mercredi 18 mai 2011

L’Espagne s’indigne: révolution 2.0 dans les rues (sur El Cruasán)

Les choses bougent ces jours-ci en Espagne, la jeunesse s'indigne et le fait savoir! Voici un article auquel j'ai participé sur le blog El Cruasán Ambulante pour raconter ce qui se passe. Je vous laisse le lien:

L’Espagne s’indigne: révolution 2.0 dans les rues

Bonne lecture!

Des airs de mai 68 à Madrid (mai 2011) "Soyez réalistes, demandez l'impossible"

dimanche 17 avril 2011

Féminisme, catholicisme et université

Jeudi 10 mars 2011, un groupe d'étudiantes féministes décidait de mener une action afin de protester contre la présence de l'église catholique sur les campus de l'université Complutense de Madrid, héritage selon moi bien désagréable de la dictature franquiste, ainsi que pour condamner le caractère homophobe et machiste de celle-ci. 

Pendant que des étudiants priaient à l'intérieur de la chapelle qui se trouve sur le campus de Somosaguas, les jeunes filles sont intervenues en enlevant le haut et en montrant leurs seins, tout en proclamant des slogans pour la laïcité dans l'éducation supérieure publique. Il n'en fallait pas plus pour déchaîner la polémique. Les secteurs les plus conservateurs se sont empressés de dénoncer l'acte comme une violente attaque contre l'église catholique, dénonçant la provocation comme quelque chose d'inacceptable. Les média se sont rendus dès le lendemain sur place pour rendre compte de l'évènement, souvent de manière incroyablement subjective (par exempleou encore). Dès le jour suivant, quatre des activistes étaient arrêtées et détenues par la police, alors que le 18 mars des groupes d'extrême droite procédaient à des agressions près de la chapelle en question et à la faculté d'histoire-géo. Les associations universitaires n'ont pas tardé à s'organiser et ont fait circuler pétitions et tenu des conférences en faveur de la laïcité dans le système d'éducation supérieur espagnol d'une part, et pour manifester leur solidarité envers les détenues d'autre part.



Sans vouloir insister sur le côté politique de l'action menée et de la répression qui l'a suivie, cet incident semble encore une fois révéler une grande fragmentation des opinions chez les ibères. J'en ai déjà parlé dans un précédent article, je serai toujours aussi surprise de constater qu'il existe un réel clivage. On parle souvent des "Deux Espagnes", comme si les vieux affrontements qui datent de la guerre civile (ou même de bien avant cela) n'étaient pas encore surmontés. On peut y voir dans cet évènement un nouvel exemple. Surtout quand on pense que ceci est survenu moins d'un mois avant les élections du nouveau recteur de la Complutense. Ça n'est d'ailleurs pas qu'une fragmentation de l'opinion sinon du système entier quand on lit la presse, qui suivant son orientation politique ne traite pas l'information de la même manière, au point d'en faire des comptes-rendus complètement différents.

D'autre part, je ne peux pas m'empêcher de porter un jugement et de penser qu'il y a un certain retard dans l'évolution des moeurs espagnoles. Juste à titre d'exemple, ci-dessous une carte des chapelles présentes sur les campus des universités publiques espagnoles (via le quotidien El País). Il y en a pas moins de huit à la Complutense et elle ne sont pas prêtes d'être éliminées (un mouvement "anti-chapelle" de la faculté d'histoire-géo a dû faire face à une contre-révolution victorieuse l'année dernière, la chapelle est toujours debout).


Un des deux camps de la société espagnole, qu'on pourrait appeler progressif, est apparemment très actif et lutte pour faire changer les mentalités vers la tolérance. L'autre, bien au contraire, semble jusqu'à maintenant bien installé aux commandes des institutions et a l'air encore trop loin de perdre ses mauvaises habitudes. Bref, entre tradition et progrès, les conflits de ce genre émergent sur le devant de la scène et n'en finissent pas de me surprendre par leur côté presque extrême. 

dimanche 6 février 2011

Anecdote de comptoir

Tous ceux qui sont passés par l'Espagne l'auront remarqué: il semblerait que les clients des bars ont une fâcheuse tendance à laisser traîner par terre divers papiers gras, mégots (plus depuis la loi anti-tabac instaurée il y a peu) et autres déchets de leurs consommations.

Image typique du bar à tapas bondé où les gens boivent caña sur caña, mangeant debout la plupart du temps, dans une odeur de friture et où il est difficile de se faire entendre de son voisin à cause du niveau sonore des conversations. Bref, tout ça avec un sol jonché de papiers et de restes de calamars frits, vous voyez le tableau.

Je n'avais jamais pensé à interpréter cette coutume d'une certaine façon, sans pour autant l'attribuer directement à une mauvaise habitude, peu hygiénique. Mais cette semaine j'ai tout compris. Enfin, on m'a proposé une explication plausible. Les spécialistes de l'Espagne le savaient peut-être déjà mais comme j'ai découvert quelque chose, je me permets de transmettre.

Je ne fais pas des études d'histoire pour rien, et lors d'un exposé j'ai appris que ces fameux sols dégueulasses étaient en fait une technique de propagande commerciale. Si, si. Non pas que la vue de ces « porcheries » plus ou moins sales attire le client en soi, mais c'était au XIXème siècle un moyen d'estimer le nombre approximatif de clients pendant la soirée, et une manière d'intimider (ou pas) les concurrents au moment de nettoyer tout ça et d'expulser les déchets dans la rue. On pouvait ainsi dire si le bar marchait ou pas, et si les clients consommaient.

On pourrait contrer cette explication en disant que ce sont les clients eux-même qui jetaient leurs papiers par terre, mais en y réfléchissant bien, j'ai vu plusieurs fois des serveurs nettoyer tables et comptoir en faisant simplement tomber au sol ce qui restait après les verres. J'ai aussi entendu dire que par tradition, si la nourriture avait été bonne, il était de coutume de jeter ses papiers par terre, en signe de reconnaissance. De toute manière, personne ne se souciait de garder le sol propre, ni clients ni gérants. Et puis c'est toujours plus sympa d'y trouver une explication historique.

C'est en tout cas resté dans la culture des bars espagnols, et même si de plus en plus bars à tapas touristiques sont nickels, il n'est pas rare de trouver un petit local un peu crade au coin d'une rue, même dans le centre de Madrid. La récente loi anti-tabac qui interdit de fumer dans les bars enlève sûrement quelque chose de cette ambiance, au moins le côté « enfumé ». Les nostalgiques, qu'ils soient fumeurs ou non, regrettent déjà. Pour ce qui est des papiers au sol on trouvera sans doute une bonne raison pour les faire disparaître complètement aussi, en espérant que les habitués du comptoir espagnol gardent leur bonne humeur.


lundi 3 janvier 2011

Lavapiés, mon village madrilène

Le quartier du centre de Madrid où je vis depuis peu est, même s'il ne fait pas tout, une des raisons pour lesquelles j'aime tant la capitale espagnole. Bien que je ne connaisse que trop mal Paris, je me risque à le comparer au Belleville parisien: popu, un peu bohème, multiculturel, et d'une simplicité trop belle pour être vraie. Ceux qui connaissent les deux pourront me donner leur avis. Lavapiés en fait, c'est tout l'un ou tout l'autre, on aime ou on déteste.

Fêtes de Lavapiés en été
C'est le quartier "pauvre" parfois un peu crade sans être une poubelle, le quartier qui fait peur à certains et envie à d'autres, le quartier des tags qui accrochent le regard des passants (http://www.escritoenlapared.com), le quartier des longs dimanches après-midi en terrasse le long de la rue Argumosa autour d'une bière et de quoi grignoter. Parfois à Lavapiés, le temps s'arrête. Parfois, il court sans qu'on ne s'en rende compte. Il faut y vivre pour le croire.

Le quartier a beau être réputé pour être l'un des plus dangereux de Madrid (conclusion sûrement tirée depuis un bureau en haut d'un gratte-ciel à partir des statistiques indiquant le pourcentage d'immigrés du tiers-monde vivant dans la zone), on ne s'y sent jamais inquiet.

Des immigrés, oui, il y en a. Beaucoup. J'achète mes fruits et légumes chez les bangladeshi (presque tous trilingues) ouverts 365 jours par an en bas de mon immeuble. L'épicier irakien de la rue Amparo a promis de m'apprendre à préparer les falafel. Les sénégalais offrent leur meilleur cuisine dans un restaurant deux rues plus loin ("Le Baobab" rue Cabestreros) et sortent parfois leurs djembés sur la place de Lavapiés à la tombée du jour. Multiculturalisme vous l'aurez dit.

Inutile d'ignorer pour autant que le quartier est aussi une plaque tournante de la vente de drogue à Madrid, mais Lavapiés étant aussi une des zones les plus vivantes de la capitale, il n'y a presque aucun risque de se trouver seul dans la rue, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Et puis étant donné le nombre de véhicules de police qui rôdent et contrôlent nuit et jour, pas de quoi s'inquiéter de l'insécurité.

Lavapiés c'est aussi un des centres de l'activisme social madrilène et espagnol. On ne compte plus le nombre de centre sociaux (http://latabacalera.net/), culturels, éducatifs, librairies (http://traficantes.net/) ou bars autogestionnés (cf premier article). Foyer de radicalisme vous me direz. Soit, mais il faut voir les merveilles que l'on doit à ces gens-là quand on voit ce qu'ils arrivent à faire en matière d'intégration, de vie sociale, d'amélioration de la qualité de vie dans le quartier. C'est peut-être parce que les habitants de Lavapiés arrivent parfois un peu trop à faire bouger les choses que beaucoup restent réticents. Oui, même a Madrid le progrès ça fait peur.

Un petit village au beau milieu de la métropole en somme. Et que demander de mieux quand il est en plus situé à deux minutes du meilleur musée de Madrid (http://www.museoreinasofia.es), de son meilleur cinéma (http://www.mcu.es/cine/MC/FE/CineDore/), du très tendance quartier de la Latina pour sortir entre amis et j'en passe... 

Je souhaite à tous et à toutes d'avoir l'occasion un jour de venir découvrir Lavapiés et espère trouver encore bien d'autres "villages" de ce genre partout où j'irai.